La HAS a adopté le 9 juillet 2025 une note de cadrage portant sur le repérage et la prise en charge des personnes présentant un premier épisode psychotique (PEP) ou un haut risque d'évolution vers une psychose (HRP). Ce travail, engagé en auto-saisine depuis novembre 2024, s'inscrit dans le programme santé mentale et psychiatrie 2025-2030 de la HAS, centré notamment sur les troubles schizophréniques et les troubles bipolaires.
PEP et HRP concernent essentiellement l'adolescent et le jeune adulte, mais peuvent survenir à tout âge. La délimitation entre ces deux entités repose sur plusieurs critères : la sévérité et la durée des symptômes psychotiques, les troubles du comportement associés, et le niveau d'altération du fonctionnement — notamment dans les domaines de l'adaptation sociale, scolaire, universitaire ou professionnelle. La sévérité symptomatique seule ne suffit pas à les distinguer, et leurs évolutions respectives sont hétérogènes. Un PEP peut évoluer vers une rémission complète ou inaugurer un trouble schizophrénique ou bipolaire. Un état HRP peut, quant à lui, évoluer vers un PEP, une rémission complète, un trouble de la personnalité, ou d'autres affections psychiatriques telles que des troubles anxieux ou dépressifs.
Sur le plan épidémiologique, des expériences psychotiques sont rapportées par 7,2 à 14 % des populations étudiées. Un état HRP est identifié chez 2,4 % des personnes âgées de 16 à 40 ans. Parmi elles, environ 27 % développeront un PEP dans les 2 ans, et environ 30 % au-delà de 3 ans. Chez les enfants et adolescents (18 ans ou moins), le risque de transition vers une psychose dans les 2 ans est évalué à environ 12 %, et à environ 16 % au-delà de 5 ans. L'incidence du PEP est estimée entre 14 et 34 pour 100 000 personnes selon les études.
Durant la période HRP ou prodromique — pouvant durer des mois voire des années —, la personne présente des symptômes non spécifiques (troubles du sommeil, symptômes anxieux et/ou dépressifs), une altération du fonctionnement, ainsi que des symptômes psychotiques atténués ou transitoires. L'identification précoce à ce stade permet d'instaurer des interventions préventives. Des méta-analyses suggèrent que ces interventions peuvent réduire les taux de transition vers une psychose chez l'adulte, avec une atténuation des symptômes positifs à 12 mois, sans effets statistiquement significatifs sur le devenir fonctionnel, les symptômes négatifs ou la qualité de vie. Chez les enfants et adolescents, aucune réduction des taux de transition n'a été identifiée, mais une amélioration des symptômes positifs et négatifs ainsi que du fonctionnement a été mise en évidence.
Le repérage du PEP est facilité par la présence de symptômes psychotiques avérés — hallucinations auditives, délire, désorganisation de la pensée et du comportement — et vise à limiter la durée de psychose non traitée. Une association statistiquement significative a été identifiée entre une durée de psychose non traitée prolongée et une plus grande sévérité des symptômes positifs et négatifs, un moindre fonctionnement social et une moindre amélioration des symptômes, sur une durée de suivi moyenne de 8 ans.
Le repérage d'un état HRP est plus complexe. Il peut s'appuyer sur des critères cliniques structurés, notamment le CAARMS (Comprehensive Assessment of At-Risk Mental States), disponible en version française, ou la SIPS (Structured Interview for Prodromal Syndromes). Une alternative consiste à rechercher des symptômes basiques — perturbations subtiles auto-expérimentées dans les domaines émotionnels, perceptifs et cognitifs — évaluables avec le SPI-A ou le SPI-CY. Des outils d'autoévaluation complètent ce dispositif, comme le Prodromal Questionnaire à 16 items (PQ-16) ou l'échelle d'auto-évaluation des symptômes négatifs (SNS), permettant de détecter des symptômes positifs et négatifs.
Cette note de cadrage pose les bases d'une future recommandation de bonnes pratiques qui devra être adaptée à chacune des deux entités — HRP et PEP — compte tenu de leurs présentations cliniques, trajectoires évolutives et prises en charge potentiellement distinctes. Les approches actuelles s'appuient sur des stratégies multidimensionnelles combinant identification précoce, interventions spécialisées et accompagnement personnalisé, dans une organisation qui sera analysée en France et à l'étranger dans le cadre de ce travail.
Utiliser le CAARMS ou la SIPS pour structurer le repérage d'un état HRP ; le PQ-16 et la SNS peuvent être utilisés en première intention comme outils d'autoévaluation.
Ne pas se fier à la seule sévérité symptomatique pour distinguer HRP et PEP : le niveau d'altération du fonctionnement (scolaire, social, professionnel) et la durée des symptômes sont des critères déterminants.
Réduire au maximum la durée de psychose non traitée dès le premier épisode : son allongement est associé à une plus grande sévérité symptomatique et un moins bon pronostic fonctionnel à long terme.
Chez l'enfant et l'adolescent, le risque de transition vers une psychose à 2 ans en état HRP est d'environ 12 % — une surveillance rapprochée et des interventions précoces sont justifiées même en l'absence de réduction prouvée du taux de transition.