La Haute Autorité de santé a publié le 12 juin 2025 une recommandation de bonne pratique labelisée consacrée à la prévention des usages de substances psychoactives en milieu professionnel. Ce travail, piloté par la Société Française d'Alcoologie, la Société Française de Médecine du Travail et l'Association Addictions France, répond à un besoin d'harmonisation des pratiques de prévention au sein des services de prévention et de santé au travail (SPST).
La recommandation s'adresse en premier lieu aux équipes pluridisciplinaires des SPST et des services de médecine de prévention. Elle concerne également, dans une logique de prévention partagée, les employeurs, les membres de l'encadrement, les travailleurs eux-mêmes et les représentants du personnel. Ce périmètre élargi traduit une volonté d'aborder le risque addictif comme un enjeu collectif et non comme un problème individuel isolé.
Les objectifs de la recommandation sont à la fois cliniques et organisationnels. Sur le plan du repérage, il s'agit d'identifier les problèmes d'addiction aux SPA en lien avec les conditions ou le type de travail. Les facteurs professionnels exposants, qu'ils soient liés à l'organisation du travail, aux contraintes horaires, à l'exposition à des substances ou aux caractéristiques du poste, doivent être pris en compte dans l'évaluation individuelle et collective.
Sur le plan de la prévention, la recommandation vise à réduire les addictions et à prévenir les usages problématiques chez tous les acteurs de l'entreprise. Elle insiste sur la nécessité de préciser et d'harmoniser les démarches de prévention, tant individuelles que collectives, et de définir une approche commune entre la santé au travail et la santé publique. Cette convergence est présentée comme un levier essentiel pour améliorer la cohérence des interventions sur le terrain.
Un axe important de la recommandation concerne la prévention de la désinsertion professionnelle. Les travailleurs présentant un usage abusif ou une dépendance aux SPA doivent être intégrés dans les stratégies de maintien dans l'emploi. Cela implique une articulation renforcée entre les SPST, les équipes de soins en addictologie — médecins, infirmiers, psychologues, éducateurs — et les professionnels de santé habituels des travailleurs concernés.
La recommandation met également l'accent sur la définition des connaissances nécessaires pour chaque catégorie d'acteurs. Les membres des équipes pluridisciplinaires, les intervenants en addictologie, les employeurs et les représentants du personnel n'ont pas les mêmes besoins de formation ni les mêmes niveaux d'intervention. Clarifier ces rôles respectifs est présenté comme un prérequis pour une prévention efficace et coordonnée.
Enfin, la HAS souligne la nécessité de favoriser le développement de la recherche en santé au travail sur le thème des pratiques addictives, domaine pour lequel le niveau de preuve reste limité sur plusieurs questions cliniques et organisationnelles. Des fiches pratiques à destination des professionnels de santé, des SPST, des travailleurs et des employeurs seront développées pour illustrer concrètement la mise en œuvre de ces recommandations.
Pour les médecins généralistes, cette recommandation rappelle le rôle pivot qu'ils peuvent jouer dans le repérage des usages problématiques de SPA chez leurs patients en activité professionnelle, et l'importance de coordonner leurs actions avec le médecin du travail et les équipes spécialisées en addictologie. Le médecin traitant reste un interlocuteur clé, notamment pour les travailleurs qui ne bénéficient pas d'un suivi régulier en médecine du travail ou qui exercent en dehors des grandes structures.
Repérage systématique : en consultation, explorer le lien entre conditions de travail et usage de SPA, notamment en cas de poste exposant (contraintes horaires, stress organisationnel, exposition à des substances).
Coordination interprofessionnelle : toute prise en charge d'un travailleur avec usage abusif ou dépendance aux SPA doit associer médecin du travail, équipe addictologique et médecin traitant pour prévenir la désinsertion professionnelle.
La recommandation ne détaille pas de posologies ni de protocoles thérapeutiques spécifiques : se référer à l'argumentaire scientifique complet disponible sur le site de la HAS pour les modalités de prise en charge.
Population cible élargie : les travailleurs indépendants, apprentis et personnes en formation professionnelle sont explicitement inclus dans le champ de ces recommandations, populations souvent moins bien couvertes par les dispositifs habituels de santé au travail.