Le burnout se manifeste par un ensemble syndromique progressif associant manifestations émotionnelles, cognitives, comportementales, motivationnelles et physiques non spécifiques ; la démarche diagnostique doit écarter les troubles sous-jacents (dépression, anxiété, trouble de…
La HAS a publié en mars 2017, avec une mise à jour en octobre 2025, une fiche mémo dédiée au repérage et à la prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel. Elle s'adresse prioritairement aux médecins généralistes et aux médecins des services de santé au travail, pour toute personne en activité quelle que soit son statut. Il est important de souligner d'emblée que ces recommandations se limitent au volet clinique individuel : l'action sur le milieu et l'organisation du travail en est explicitement exclue, bien que jugée indispensable dans une démarche de prévention.
Le syndrome d'épuisement professionnel, équivalent français du terme burnout, est défini comme un épuisement physique, émotionnel et mental résultant d'un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel. Les travaux de Maslach permettent de le conceptualiser comme un processus de dégradation du rapport subjectif au travail à travers trois dimensions : l'épuisement émotionnel, le cynisme vis-à-vis du travail ou dépersonnalisation, et la diminution de l'accomplissement personnel au travail. Ce syndrome n'est pas une maladie caractérisée au sens des classifications de référence CIM-10 et DSM-5. Il se rapproche d'autres situations non spécifiques telles que la souffrance au travail ou les effets du stress lié au travail. La HAS rappelle que la souffrance psychique causée ou aggravée par le travail constitue le deuxième groupe d'affections d'origine professionnelle dans la population salariée active française, après les affections de l'appareil locomoteur.
Sur le plan clinique, les manifestations sont d'installation progressive et souvent insidieuse, en rupture avec l'état antérieur. Elles peuvent être émotionnelles — anxiété, tristesse de l'humeur, irritabilité, hypersensibilité, absence d'émotion —, cognitives — troubles de la mémoire, de l'attention, de la concentration et des fonctions exécutives —, comportementales ou interpersonnelles — repli sur soi, isolement social, comportement agressif, diminution de l'empathie, comportements addictifs —, motivationnelles — désengagement progressif, effritement des valeurs associées au travail, dévalorisation — ou encore physiques non spécifiques — asthénie, troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques de type lombalgies ou cervicalgies, céphalées, vertiges, anorexie, troubles gastro-intestinaux. Ces manifestations constituent une liste non exhaustive.
La démarche diagnostique vise à caractériser la sévérité du syndrome, à identifier d'éventuelles pathologies sous-jacentes et à établir les liens avec les conditions de travail. Le risque suicidaire doit être particulièrement évalué. Un bilan somatique est requis pour éliminer une pathologie organique associée pouvant expliquer certains des symptômes. L'analyse des conditions de travail est conduite prioritairement avec le médecin du travail, ou, pour les personnes n'en disposant pas, avec un centre de consultation de pathologie professionnelle.
La recherche des facteurs de risque s'appuie sur six catégories issues du rapport Gollac : l'intensité et l'organisation du travail, les exigences émotionnelles importantes, l'autonomie et la marge de manœuvre, les relations dans le travail, les conflits de valeurs et l'insécurité de l'emploi. L'existence de ressources dans le travail — soutien social, stabilité du statut, collectif de travail vivant, moyens techniques et humains suffisants — est en revanche protectrice. L'analyse doit également porter sur les antécédents personnels et familiaux, les événements de vie, la qualité du support social et le rapport subjectif au travail. Des antécédents dépressifs ou certains traits de personnalité limitant les capacités de coping peuvent être associés à un risque accru. Ces facteurs individuels ne peuvent toutefois servir qu'à orienter une prévention renforcée : ils ne sauraient en aucun cas constituer un critère de sélection des travailleurs ni exonérer la responsabilité des facteurs de risque environnementaux.
Les professionnels de santé en activité ou en formation constituent une population à risque historiquement identifiée, exposée du fait de la pénibilité intrinsèque de leur activité — confrontation avec la souffrance et la mort, intrusion dans l'intimité des patients — avec une morbidité particulièrement élevée documentée dans de nombreuses études. Médecins généralistes et médecins du travail sont explicitement invités à articuler le diagnostic individuel avec l'analyse des facteurs de risque inhérents aux situations de travail, dans une logique de coordination entre prise en charge clinique et prévention collective.
Évaluer systématiquement le risque suicidaire dans tout tableau évocateur de burnout, conformément aux recommandations HAS sur la crise suicidaire.
Réaliser un bilan somatique pour éliminer une pathologie organique associée avant d'attribuer les symptômes physiques non spécifiques (asthénie, troubles du sommeil, TMS, céphalées, troubles gastro-intestinaux) au syndrome d'épuisement professionnel.
Rechercher activement des pathologies psychiatriques sous-jacentes — trouble de l'adaptation, trouble anxieux, épisode dépressif caractérisé, ESPT — dont la prise en charge diffère de celle du burnout.
Coordonner systématiquement avec le médecin du travail ou un centre de consultation de pathologie professionnelle pour l'analyse des conditions de travail, indissociable de la démarche diagnostique individuelle.