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Avril 2026
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Haute Autorité de Santé
Fiche de pratique · 15 avr.
Médecine générale

Syphilis : la HAS publie ses nouvelles recommandations de prise en charge en avril 2025

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La Haute Autorité de santé publie en avril 2025, à la demande du Conseil National du Sida et des hépatites virales (CNS) et de l'ANRS | Maladies infectieuses émergentes, une réactualisation complète des recommandations de prise en charge de la syphilis. Ces nouvelles recommandations de bonne pratique (RBP) font suite aux recommandations françaises de la Société Française de Dermatologie de 2016 et aux recommandations européennes de 2020. Elles ont été validées par le Collège de la HAS le 10 avril 2025 et sont destinées à l'ensemble des professionnels de santé amenés à prendre en charge une infection syphilitique : infectiologues, dermatologues, médecins généralistes, gynéco-obstétriciens, bactériologistes et internistes.

Le contexte épidémiologique justifie pleinement cette mise à jour. Si les données des CeGIDD montrent une relative stabilité depuis 2016 avec environ 3 300 cas en 2021, la médecine générale enregistre une hausse préoccupante : 9 291 cas en 2021, soit une augmentation de 42 %. La majeure partie des cas est diagnostiquée à un stade précoce. Cette dynamique épidémique, suivie par Santé Publique France via les données sentinelles en l'absence de déclaration obligatoire, renforce l'enjeu de disposer de recommandations actualisées et adaptées aux différents contextes de soin.

Les recommandations abordent de manière structurée la prise en charge thérapeutique selon les différentes formes cliniques. La syphilis précoce et la syphilis tardive font l'objet de recommandations distinctes, tout comme la neurosyphilis, la syphilis ophtalmologique et l'otosyphilis, qui constituent des formes à ne pas méconnaître. Les formes tertiaires et cardiovasculaires ainsi que la syphilis au cours de la grossesse — qu'il s'agisse de la mère ou du nouveau-né dans le cadre de la syphilis congénitale — sont également traitées spécifiquement, reflétant la diversité des situations cliniques auxquelles les praticiens peuvent être confrontés.

Au-delà du traitement curatif, les recommandations intègrent les mesures associées à la prise en charge. La tolérance clinique du traitement antibiotique est détaillée : prise en charge antalgique lors de l'injection, modalités de surveillance après l'injection, et conduite à tenir en cas de réaction de Jarisch-Herxheimer. Ce point pratique est particulièrement important pour les équipes soignantes afin d'anticiper et de gérer cette réaction fébrile transitoire pouvant survenir dans les heures suivant le traitement.

La gestion des partenaires sexuels fait l'objet d'un chapitre dédié, avec une définition temporelle des partenaires à risque, les modalités de dépistage et/ou de traitement à proposer, ainsi qu'une recommandation sur la durée de protection des rapports après traitement. Ces aspects organisationnels sont essentiels pour limiter les chaînes de transmission. Une aide à la notification au partenaire est recommandée lorsqu'elle est adaptée à la situation.

La dimension préventive globale est également soulignée. Le diagnostic d'une IST doit être l'occasion d'aborder avec le patient l'ensemble des risques liés à la santé sexuelle : prévention des autres IST, des violences sexuelles, de la grossesse non désirée. Une orientation facilitée vers des dispositifs tels que la PrEP VIH, les traitements post-exposition ou les centres d'orthogénie est recommandée le cas échéant.

Enfin, les recommandations précisent les modalités de surveillance biologique après traitement et encadrent les indications du retraitement, deux points sur lesquels les pratiques peuvent être hétérogènes en l'absence de cadre actualisé. L'ensemble de ces recommandations est gradé selon la méthode HAS, allant de la preuve scientifique établie (grade A) à l'accord d'experts (AE), permettant au clinicien d'évaluer le niveau de certitude associé à chaque recommandation. L'argumentaire scientifique complet est disponible en téléchargement sur le site de la HAS.

Points d'attention clinique
01

La réaction de Jarisch-Herxheimer doit être anticipée et expliquée au patient avant toute injection : les recommandations précisent la prise en charge antalgique péri-injection et la surveillance à mettre en place.

02

La définition temporelle des partenaires à risque et les modalités de dépistage et/ou traitement des partenaires sont désormais encadrées : se référer au chapitre dédié pour les critères de contact tracing.

03

Chez la femme enceinte et en cas de syphilis congénitale, la prise en charge fait l'objet de recommandations spécifiques distinctes des autres formes, à appliquer sans transposer les protocoles adultes standard.

04

La surveillance biologique post-traitement et les indications de retraitement sont précisées dans les recommandations — deux points à vérifier pour harmoniser les pratiques de suivi.