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Avril 2026
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Haute Autorité de Santé
Fiche de pratique · 15 avr.
Médecine générale

Fibromyalgie de l'adulte : la HAS publie ses recommandations sur le diagnostic et la prise en charge

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La HAS a validé le 19 juin 2025 ses recommandations sur la fibromyalgie de l'adulte, rappelant d'emblée que cette maladie est reconnue par l'OMS, classée dans les douleurs chroniques généralisées selon la CIM-11, et liée à des modifications des processus de détection et de modulation de la douleur au niveau du système nerveux central. Sa prévalence en population générale est estimée à environ 1,5 à 2 %, avec une fréquence presque trois fois plus élevée chez les femmes.

Le diagnostic reste clinique, en l'absence de biomarqueurs spécifiques. Il faut évoquer une fibromyalgie devant des douleurs persistantes au-delà de 3 mois, diffuses, souvent variables et fluctuantes en intensité et en localisation, associées à d'autres symptômes non spécifiques tels que fatigue, troubles du sommeil, troubles du transit, et troubles cognitifs ou psychologiques. En soins primaires, la HAS recommande d'utiliser l'auto-questionnaire FIRST comme aide au dépistage, tout en maintenant le jugement clinique au premier plan. La confirmation du diagnostic et l'évaluation de sa sévérité s'appuient sur les critères ACR révisés 2016. Un bilan biologique minimal est recommandé pour éliminer d'autres maladies induisant des douleurs chroniques, complété selon l'examen et le jugement clinique. La HAS insiste également sur la nécessité de répéter l'examen clinique avant d'attribuer tout nouveau symptôme à la fibromyalgie.

Sur le plan de la relation de soin, légitimer les plaintes du patient et annoncer le diagnostic constituent des étapes essentielles. La HAS recommande de délivrer des explications approfondies et personnalisées sur la maladie, ses mécanismes et les options thérapeutiques, soutenues par un document écrit, et de coconstruire le projet de soins en tenant compte du vécu, des attentes et des préférences du patient.

En première ligne, le traitement est centré sur la remise en mouvement. Il s'agit d'abord d'encourager le maintien d'une activité physique du quotidien et de réduire les comportements sédentaires. Si les niveaux d'activité physique sont insuffisants et si le patient rencontre des difficultés à pratiquer en autonomie et en sécurité, un programme d'activité physique adaptée supervisé par un professionnel de l'APA est proposé. En cas de déconditionnement physique persistant, l'orientation vers un programme de réadaptation fondé sur une évaluation multidisciplinaire et pluriprofessionnelle est indiquée.

Le développement de stratégies d'adaptation et d'autogestion occupe également une place centrale. Des séances collectives d'ETP sont recommandées pour aller vers plus d'autonomie. En cas de stratégies inadaptées — catastrophisme, comportements d'évitement, propension obsessionnelle à travailler — des interventions psychologiques spécialisées agissant sur les cognitions, les émotions et les comportements sont préconisées. Le maintien dans l'emploi doit être activement recherché, avec l'appui du médecin du service de prévention et de santé au travail en cas de retentissement notable, et en envisageant des aménagements de poste avant tout arrêt de travail.

Les comorbidités associées sont à évaluer et traiter systématiquement : surpoids et obésité, troubles du sommeil, troubles psychiques incluant anxiété, dépression et idéation suicidaire. La HAS précise que ces troubles psychiques ne présupposent pas d'une cause psychologique aux douleurs. Les restrictions alimentaires et la prise de compléments alimentaires n'ont pas d'intérêt démontré en dehors de troubles gastro-intestinaux ou de carences avérés.

En deuxième ligne, et en complément des interventions de première ligne, certains traitements médicamenteux peuvent être envisagés. Pour les douleurs continues en traitement de fond, certains antidépresseurs et antiépileptiques à faible dose sont mentionnés. Pour les douleurs incidentes liées par exemple à l'effort, le paracétamol voire les AINS peuvent être utilisés de façon ponctuelle, jamais au long cours. En cas de douleurs aiguës incidentes, le tramadol peut être utilisé prudemment et ponctuellement, son utilisation au long cours devant rester exceptionnelle et encadrée par un avis dans une structure spécialisée douleur chronique. L'ensemble de ces prescriptions nécessite une évaluation régulière de la tolérance, de l'efficacité ressentie et du risque de mésusage à chaque renouvellement.

Le médecin généraliste coordonne l'ensemble du projet de soins, en s'appuyant si nécessaire sur un infirmier en pratique avancée formé à la douleur chronique, et en orientant vers une structure spécialisée douleur chronique ou d'autres spécialistes en ville ou en établissement pour les situations complexes, les douleurs rebelles ou les besoins d'évaluation multidisciplinaire.

Points d'attention clinique
01

Critères ACR révisés 2016 pour confirmer le diagnostic et évaluer la sévérité ; auto-questionnaire FIRST en aide au dépistage en soins primaires, sans remplacer le jugement clinique.

02

Les antidépresseurs et antiépileptiques utilisés en traitement de fond sont à débuter à faibles doses avec augmentation progressive et prudente ; le paracétamol et les AINS ne sont indiqués que ponctuellement pour les douleurs incidentes, jamais au long cours.

03

Le tramadol peut être utilisé prudemment pour les douleurs aiguës incidentes ; son recours au long cours doit rester exceptionnel et nécessite un avis en structure spécialisée douleur chronique.

04

Évaluer systématiquement et régulièrement anxiété, dépression et idéation suicidaire, sans en déduire une cause psychologique aux douleurs ; repérer toute forme de vulnérabilité.