Le syndrome de Lowe est une maladie génétique récessive liée à l'X caractérisée par la triade cataracte congénitale bilatérale, atteinte rénale avec tubulopathie proximale progressive et déficience intellectuelle, dont le diagnostic génétique par confirmation des variants OCRL…
Le syndrome de Lowe, également appelé syndrome oculo-cérébro-rénal, est causé par des variations pathogènes dans le gène OCRL, situé sur le chromosome X, avec un mode de transmission récessif lié à l'X. Son incidence est estimée à un cas sur 500 000. La triade clinique caractéristique — cataracte congénitale bilatérale, atteinte rénale tubulaire proximale, déficience intellectuelle — offre une spécificité diagnostique élevée, avec peu de diagnostics différentiels à envisager. Le diagnostic repose sur la confirmation génétique, les variations du gène OCRL étant de tous types : variants perte de fonction, variants faux sens, insertions et délétions de grande taille.
Chez le nouveau-né ou le nourrisson, le diagnostic doit être évoqué précocement devant toute cataracte congénitale bilatérale chez un garçon, en l'absence d'autre cause identifiée. L'association à une hypotonie axiale marquée, un retard du développement moteur et cognitif, des troubles de la croissance ou une atteinte tubulaire rénale proximale — syndrome de Fanconi partiel ou complet — doit orienter sans délai vers ce diagnostic. La survenue d'une hypotonie néonatale sévère associée à une cataracte congénitale et/ou à des signes précoces de retard de développement justifie la réalisation immédiate d'un bilan rénal comprenant glycosurie, aminoacidurie, phosphaturie et protéinurie, ainsi qu'un avis spécialisé rapide. Une consultation de génétique doit être organisée rapidement après le diagnostic pour expliquer le mode de transmission, préciser le caractère transmis ou de novo de la variation, et proposer un conseil génétique adapté aux éventuelles femmes porteuses.
Sur le plan des complications, le syndrome de Lowe est une maladie multi-systémique dont l'intensité des atteintes est variable. La tubulopathie proximale est au premier plan : elle peut provoquer une néphrocalcinose et évoluer progressivement vers une maladie rénale chronique avancée, jusqu'au stade terminal (MRC stade 5). Les autres atteintes concernent les sphères neurologique, ophtalmologique, sanguine avec un trouble de l'hémostase, bucco-dentaire, osseuse, rhumatologique, cutanée, ainsi que des troubles de l'oralité à début néonatal.
Le traitement est symptomatique. Sur le plan rénal, il repose sur la compensation des éléments perdus dans les urines, avec maintien d'un bon équilibre hydrosodé et hydroélectrolytique, traitement du diabète phosphaté et vitaminothérapie D active. Une prise en charge précoce de la tubulopathie proximale permet de limiter les conséquences des pertes ioniques rénales, notamment leur retentissement sur la croissance staturale et les déformations osseuses. Certains patients évolueront vers la nécessité d'une greffe rénale. Sur le plan ophtalmologique, le traitement chirurgical de la cataracte doit être précoce, réalisé par des spécialistes, en tenant compte du risque hémorragique global — une analyse préopératoire du risque hémorragique est systématiquement requise. Il n'existe pas de traitement spécifique de l'atteinte neurologique, mais une prise en charge globale et précoce améliore la qualité de vie.
Le suivi est essentiellement clinique et biologique. L'examen clinique vérifiera la croissance staturopondérale, le développement neurologique et l'apparition de déformations osseuses. Le suivi biologique évaluera les conséquences de la tubulopathie proximale et le risque de MRC avancée. Un suivi des urines sur échantillon est souvent suffisant, mais le recueil sur 24 heures peut être utile pour apprécier la fuite calcique. La densité urinaire constitue un bon indicateur de l'état d'hydratation. Pour les patients en IRC stade 1, 2 ou 3, ou pour les adultes, un bilan annuel minimum est recommandé ; le suivi sera plus rapproché aux stades 4 et 5 et en dialyse. Une échographie rénale peut être proposée tous les deux ans. Les examens d'imagerie irradiants doivent être évités autant que possible.
Le rôle du médecin traitant est central dans ce dispositif : coordination de la prise en charge pluridisciplinaire, surveillance et traitement des complications aiguës, soutien à l'adhésion du patient et de sa famille au projet médical, et surveillance de la fonction rénale au long cours. Les centres de référence MAREGE (Lyon, Pr Bertholet-Thomas / Pr Lemoine) et SORARE (Toulouse, Pr Decramer), sous l'égide de la filière ORKiD, sont les interlocuteurs spécialisés à mobiliser.
Évoquer le diagnostic dès la naissance devant une cataracte congénitale bilatérale chez un garçon : réaliser sans délai un bilan rénal (glycosurie, aminoacidurie, phosphaturie, protéinurie) et demander un avis spécialisé rapide.
Le traitement rénal repose sur la compensation des pertes urinaires, le traitement du diabète phosphaté et la vitaminothérapie D active — une prise en charge précoce conditionne le pronostic statural et osseux.
Tout geste chirurgical impose une analyse préopératoire du risque hémorragique, le trouble de l'hémostase étant une complication reconnue du syndrome de Lowe.
Le suivi biologique annuel est recommandé à partir du stade MRC 1-3 ou chez l'adulte ; il doit être rapproché dès le stade 4, en dialyse, et dans la petite enfance au décours du diagnostic.